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LES BOURGS DE CAMPAGNE
JACQUES POUGHEOL ET PIERRE-JEAN PENAULT
Bourgs et villages fleurissent enraies d'Auge. A Beuvron-en-Auge, la sauvegarde est exemplaire. Bonnebosq comme Cambremer semblent tout droit sortis des pages de « Madame Bovary ». Sans oublier Beaumont-en-Auge et Pont-l'Évêque, que l'activité commerciale a fait survivre.
BEUVRON-EN-AUGE
Beuvron est admirablement situé dans la large vallée d'Auge sur l'un des affluents de la Dives, le Doigt, que l'on prononce Douet. Le bourg a pour origine un château féodal dont il reste fort peu de choses. C'est à l'est et au sud-est de cette butte que l'agglomération s'est lentement constituée à partir du Moyen Âge. Elle a pris son extension actuelle à partir du XVIIe siècle, groupant ses maisons de chaque côté d'une grande place allongée dans le sens nord-sud. Ce fut un centre administratif, religieux, agricole, artisanal et commercial assez important.
Les maisons les plus anciennes remontent en partie au XVe ou au XVIe siècle, tel Le Manoir qui ferme la grand'place, mais la plupart sont du XVIIe ou du XVIIIe siècle, construites en pan de bois, tandis que les maisons postérieures sont en brique rouge. Ce Beuvron s'est bien transformé depuis la guerre. Il y a trente ans on commençait déjà à détruire les maisons vétustes. Même les halles, qui avaient pourtant servi de mairie et d'école, furent abattues. Le manque d'entretien était encore plus frappant pour les bâtiments agricoles.
Ce fut le mérite de la municipalité animée par Michel Vermughen de comprendre parfaitement la situation, de réfléchir aux moyens d'y remédier et de passer immédiatement à l'action. Sitôt la mairie conquise, en 1972, une association pour la sauvegarde et la mise en valeur de Beuvron, présidée par le nouveau maire, fut constituée. Cela donna au département l'occasion de lancer une opération systématique de sauvegarde qui a réussi et qui a servi de test : l'opération Beuvron-en-Auge. Elle mérite d'être qualifiée d'exemplaire.
A trois kilomètres au nord-est du bourg, il faut aller jusqu'à l'église de Clermont sanctuaire typique d'où l'on jouit de l'une des vues les plus étendues du pays d'Auge depuis la haute vallée de la Dives jusqu'à la plaine de Caen.
Jacques Pougheol, ancien inspecteur des musées contrôlés du Calvados.
BONNEBOSQ ET CAMBREMER
Bonnebosq s'adosse aux contreforts du plateau. Les maisons s'épaulent, soudées de guingois, vétuste, rapiécées elles s'appuient sur les béquilles de leurs pilotis, étagent leurs encorbellements mal assurés, avancent une manière d'échauguette, lancent une passerelle. Leurs façades se tiennent de près. Logis de tous âges : maisons basses aux pans de bois brunis dont les toits ondulent sous les lourdes tuiles élégantes du XVIIe siècle avec leurs fenêtres au linteau cintré demeures de maître aux moellons moulurés, avec une toiture de zinc, une grille, un perron à vasques de fonte boutiques du siècle dernier aux vitrines étroites...
On croirait Bonnebosq sorti des pages de Madame Bovary. Ce village a son église, son presbytère, son manoir, son auberge. Il a aussi sa fontaine sur la place, son lavoir, ses halles... Les arrière-cours se prolongent en jardins secrets.
Flaubert se souvint-il du lieu dont son aïeule maternelle tenait son patronyme quand il raconte, toujours dans Madame Bovary, l'arrivée à un Yonville qui pourrait être Cambremer ? Les maisons du village dégringolent du flanc abrupt de la colline, le long de la rue qui s'élargit en place puis, comme le ruisseau, s'échappe vers la vallée. Le haut bourg domine l'église. Ailleurs, le clocher apparaît dans la perspective d'une rue, de plain-pied : une tour romane à arcatures et étroites fenêtres cintrées, tassée sous la pyramide tronquée de son toit d'ardoise que surmonte une courte flèche.
Cambremer se console du passé avec les attributs de sa souveraineté cantonale. Les halles et le kiosque à musique sont aujourd'hui disparus. L'hôtel du Commerce tirait, à mi-hauteur, les rideaux blancs de sa vitrine. La caserne de gendarmerie avait l'air d'une maison bourgeoise. La demeure du notaire paraît telle qu'on peut l'imaginer, respectable et sévère.
Chaque année, il y a ces fameux comices agricoles où nous retrouvons Flaubert. Derrière les portes vernies et vitrées, aux clenches astiquées, sans doute trouverait-on les guéridons aux napperons de broderie, les fauteuils à housses, les bonbonnières à berlingots, les plantes grasses dans leurs cache-pot de cuivre jaune, l'odeur moisie et douceâtre des pièces closes, les vieilles dames à mitaines et chancelières de mon enfance. Des choses qui chuchotent, se taisent et s'effacent.
Pierre-Jean Pénault, président de l'association « Pays d'Auge ».
BEAUMONT-EN-AUGE ET PONT-L'ÉVÊQUE
Beaumont culmine à 90 mètres sur un éperon ouvrant un large panorama sur la vallée de la Touques et la Manche. Ce village est un point essentiel de l'histoire de notre région. Une vie très prospère s'établit dès le XIe siècle autour du prieuré bénédictin. A travers les siècles, Beaumont fut un haut lieu de pèlerinage et de commerce. Les nombreuses restaurations de l'église et des bâtiments monastiques nous laissent imaginer les batailles du passé. En se promenant dans la commune, on décèle une architecture riche et pittoresque : maisons en colombages, en ardoises, en pierres, cours intérieures, porches, lucarnes en oeil-de-boeuf...
Début XVIIIe, dans l'enceinte du prieuré, un collège royal militaire fut érigé. Y étudia et y enseigna le plus célèbre enfant du pays Pierre Simon Laplace. Mathématicien, né en 1749, il est l'auteur, entre autres, du Traité de la mécanique céleste.
L'activité agricole et commerciale de Pont-l'Évêque, au centre de ce pays d'élevage, se manifeste depuis les premières années du XIVe siècle par la présence de halles et d'une foire. Après des siècles de destruction, Pont-l'Évêque apparaît, à l'aurore du XVIIe siècle, riche de sa situation à un carrefour de routes, lieu de concentration des activités judiciaires et administratives d'une région particulièrement prospère. Le 24 août 1944, la commune était détruite à 65 %. Qui aurait espéré que, vingt ans plus tard, tout serait reconstruit, réparé et embelli ?...
L'église Saint-Michel, appelée aussi « cathédrale des Herbages », est l'un des plus jolis monuments religieux de la région. Au milieu d'un très agréable parc et d'une cour d'honneur remarquable, l'hôtel de Brilly est le siège de l'hôtel de ville. La rue de Vaucelles s'agrémente d'un nombre important de vieilles maisons à colombages et à pans de bois, et d'hostelleries qui ont fait la renommée de Pont-l'Évêque pendant de très longs siècles. |