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AUTELS ET RETABLES

CATHERINE BOULOT
Conservateur du patrimoine au Service régional de l'inventaire général de Basse-Normandie

Le renouveau artistique et religieux, aux XVIIe et XVIIIe siècles, s'exprime dans l'acquisition d'un nouveau mobilier. Le maître-autel en est la pièce essentielle. Il faut remarquer l'extrême diversité de ces autels-retables dans un territoire restreint.

Même s'ils portent la marque de modifications ou de restaurations plus récentes, on peut dire que la plupart des autels-retables augerons ont été exécutés entre la seconde moitié du XVIIe siècle et la fin du XVIIIe siècle. Souvent mises à mal par les guerres de Religion et par l'incurie du clergé, les églises de l'élection de Pont-l'Évêque furent presque toutes rénovées suite à la réforme catholique et à la nouvelle ferveur religieuse qui gagna le pays d'Auge sous l'impulsion des Eudistes et de l'abbé du Val-Richer, Dominique Georges. Pèlerinages, missions, conférences ecclésiastiques et catéchisme furent le vecteur de la bonne parole revivifiée, qui ne pouvait se satisfaire d'églises délabrées. En fait, le renouveau religieux et artistique s'exprima alors moins dans l'architecture des églises, qui demeura en général fort modeste, que dans l'acquisition d'un nouveau mobilier : la pièce essentielle en fut naturellement le maître-autel, lieu du sacrifice de la messe et de matérialisation des dogmes, de la transsubstantiation et de la rémanence, réaffirmés par le concile de Trente.
Le caractère le plus frappant de ces autels-retables, c'est, dans un territoire relativement restreint, l'extrême diversité et l'originalité des modèles rencontrés : variété qui s'explique sans doute en grande partie par l'isolement du pays d'Auge, longtemps demeuré une région difficile d'accès, où les voies de communication, peu nombreuses et souvent embourbées, ne favorisèrent pas les déplacements des artistes et des artisans et les incitèrent à exercer davantage leur imagination.
Parmi les principaux types de retables augerons de la seconde moitié du XVIIe siècle, on rencontre, par exemple à Formentin ou à Notre-Dame-de-Livaye, des retables-cadres, qui s'organisent avec sobriété autour d'un tableau d'autel flanqué de deux toiles plus petites. Fort différents bien que contemporains, les retables de Courtonne-la-Meurdrac ou Fierville-les-Parcs, tout en volume et profusion décorative, s'apparentent à des œuvres d'architecture. A la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle, ce sont les devants d'autel peints qui attirent l'attention. Le fond, imitant l'aspect du brocard, de la broderie ou de la dentelle, s'inspire en fait d'antépendiums en textile, qui ont pour la plupart disparu. Les plus remarquables (Montreuil, Manerbe) sont de la main du talentueux peintre lexovien Jean-Baptiste Daubin, dont la vie et l'œuvre restent encore à reconstituer.
Vers le milieu du XVIIIe siècle, ces autels rectangulaires se galbent et les retables adoptent les inflexions et le répertoire décoratif du goût rocaille (La Roque-Baignard, Le Fournet). L'iconographie, volontiers narrative et explicative au siècle précédent dans sa volonté de reconquérir des fidèles, devient alors plus symbolique. L'aspect des tabernacles change également. En forme, au XVIIe siècle, de véritables petits édifices sommés d'un dôme et garnis de statuettes, ils se caractérisent ensuite par leurs contours chantournés et leur couronnement qui fait office d'exposition du saint sacrement. Puis, sous Louis XVI, les lignes des retables s'assagissent à nouveau (Beaufour), avant que la Révolution ne vienne interrompre cette vitalité créatrice.
Le XIXe siècle, moins riche en pays d'Auge, se contentera de reprendre les modèles néo-romans ou néo-gothiques diffusés dans toute la France.