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UNE BASILIQUE POUR UNE SAINTE
MARIE-NOËL TOURNOUX
Historienne d'Art
Chargée d'étude auprès du Service régional de l'inventaire général de Basse-Normandie
La basilique Sainte-Thérèse de Lisieux, église votive qui dépasse en taille le Sacré-Cœur de Montmartre, cache en son sein un riche décor de mosaïques et de vitraux. C'est l'emploi du béton armé qui a permis d'élever son audacieuse coupole double.
La basilique Sainte-Thérèse à Lisieux est un édifice complexe à multiples facettes, dont l'intérêt architectural et la qualité du décor sont souvent dénigrés. Un extérieur considéré comme déroutant cache un riche décor de mosaïques et de vitraux ; des ensembles hétérogènes dus à de longues et multiples campagnes de travaux masquent de beaux ensembles de décors des années 1930. C'est une église votive, construite grâce aux dons des fidèles du monde entier soucieux d'honorer et de glorifier une toute nouvelle sainte, Thérèse de l'Enfant-Jésus de la Sainte-Face (1873-1897), béatifiée en 1923, canonisée en 1925. Cet écrin précieux, qui dépasse en taille le Sacré-Cœur de Montmartre, accueille chaque année plus d'un million de pèlerins.
Les premiers projets de l'édifice datent de 1927. Or, son profil général — dôme, galeries-cloître —, son emplacement — au sommet d'une colline et dominant la ville —, son programme — une église haute avec crypte et un chemin de croix monumental extérieur — font apparaître Lisieux comme un des derniers avatars des églises de pèlerinage du XIXe siècle. La basilique est pourtant bien un édifice du XXe siècle. L'hétérogénéité de l'édifice, le décalage entre détail et ensemble, s'explique par la longueur du chantier (1927-1975) et le nombre de mains. Ce sera l'oeuvre de trois générations d'architectes lillois, les Cordonnier. Le parti architectural est dû à Louis Marie Cordonnier père (1854-1940), architecte de réputation internationale, membre de l'Institut, qui a 73 ans lorsqu'il entreprend ce projet. Il travaillera en association avec son fils, Louis Stanislas, qui continuera le chantier à la mort de son père, procédera aux restaurations nécessaires après la guerre, terminera le dôme et supervisera le chantier de décoration de l'église supérieure. Enfin, Louis, le petit-fils, prendra la suite en 1960.
Louis Marie Cordonnier a soigneusement agencé les différentes parties de l'édifice pour créer un effet de volume pyramidal particulièrement saisissant. Il a privilégié le dôme, qui devient l'élément central, aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur. De l'extérieur, rien ne laisse deviner le traitement du volume intérieur, scandé par une succession d'arcs diaphragmes qui rappellent les églises de la Toscane romane. C'est en progressant vers le choeur que l'on découvre l'immense espace de la croisée du transept sous la coupole, jusque-là dérobé à la vue. L'emploi du béton armé a permis d'élever une audacieuse coupole double et des grandes portées. En faisant référence à l'architecture des basiliques paléochrétiennes ou aux grands volumes des églises romanes, Cordonnier a pu mettre en valeur les volumes créés et faire référence à un type d'édifice de culte associé à la simplicité évangélique des premiers temps chrétiens et en adéquation avec la pensée thérésienne. La basilique Sainte-Thérèse est aussi à rapprocher de toute une série de grands édifices à dôme, élevés dans le monde entier au début du XXe siècle dans le courant missionnaire de l'église catholique : l'église du Souvenir Africain de Dakar, la basilique de l'Immaculée Conception à Washington, le Sacré-Coeur 4e Keokelberg à Bruxelles... |